Un parcours à sens unique, et ce pour quoi il vaut la peine de s'arrêter
Que voir à l'intérieur du Palais des Doges
Le parcours va dans une seule direction, avec peu de possibilités de revenir en arrière, donc savoir ce qui arrive — et ce qu'on risque de manquer sans s'en apercevoir — change vraiment les choses. Voici la visite dans l'ordre.
Réservez votre entrée au Palais des Doges ↗Avant d'entrer : la façade
Passez cinq minutes dehors sur la Piazzetta à regarder vers le haut. Lisez l'édifice de haut en bas : mur de marbre plein, puis la loggia de soixante et onze colonnes avec sa bande de quatre-feuilles, puis l'arcade au rez-de-chaussée. Regardez ensuite les deux chapiteaux de colonne aux angles — ils portent des scènes sculptées, dont l'ivresse de Noé à l'angle le plus proche du pont, placée de sorte que l'édifice même de la République offrait une leçon morale à quiconque arrivait par l'eau.
La cour et l'Escalier des Géants
La Scala dei Giganti, avec les statues colossales de Mars et Neptune de Sansovino à son sommet, représentant la domination vénitienne sur la terre et la mer. Les doges étaient couronnés sur le palier. Marin Falier, le doge dont le portrait fut plus tard effacé, fut décapité sur ce même escalier.
L'Escalier d'Or
Levez les yeux. La voûte en berceau de la Scala d'Oro est un relief de stuc blanc doré à l'or 24 carats, et le travail de stuc vaut au moins autant que l'or. C'était le chemin emprunté par les ambassadeurs vers leur audience, et il remplissait bien son rôle.
Les appartements du doge
Sobres, à échelle domestique, et faciles à traverser rapidement en route vers les salles d'apparat. Il vaut la peine d'y ralentir : pour les cheminées, et pour ce que cela révèle de la modestie avec laquelle vivait réellement le chef d'État. Il meublait lui-même ces pièces, et sa famille devait les vider dans les jours suivant sa mort.
L'Anticollège
Une petite antichambre où les délégations étrangères patientaient avant leur audience, et — délibérément — l'une des salles les plus spectaculaires de l'édifice. Quatre œuvres de Tintoret et l'Enlèvement d'Europe de Véronèse. La République voulait que les ambassadeurs passent leur attente à être impressionnés.
Le Collège et le Sénat
La salle du comité exécutif et la salle du Sénat. Le plafond de Véronèse dans le Collège compte parmi ses plus belles œuvres. Dans les deux salles, le message est le même, et il vaut la peine de le lire plutôt que de simplement l'admirer : Venise juste, sage, protégée par la divine providence, l'égale de n'importe quelle monarchie.
Le Conseil des Dix et la bouche du lion
La salle du comité de sécurité qui valut à la République sa réputation de répression opaque et efficace. Quelque part sur ce tronçon, vous passerez devant une Bocca di Leone, une fente de marbre sculptée pour les dénonciations anonymes. Elle est petite, facile à manquer, et en dit plus sur la façon dont Venise était gouvernée que n'importe lequel des plafonds.
L'arsenal d'armes
Plusieurs salles d'armes et d'armures, dont des pièces prises à Lépante. Souvent traversées rapidement. Vaut quelques minutes, ne serait-ce que pour l'ampleur des arbalètes.
La salle du Grand Conseil
Le point culminant du parcours, et la raison de garder un peu d'énergie en réserve. Cinquante-trois mètres de long, sans colonnes ; jusqu'à deux mille patriciens s'y réunissaient. Le Paradis de Tintoret couvre le mur du fond derrière le trône. Accordez-vous le temps de rester immobile en son centre avant de continuer.
Le panneau noir
Autour du haut de la salle du Grand Conseil court une frise de portraits des doges. L'un d'eux, côté nord, est un voile peint en noir avec une inscription à la place d'un visage : Marin Falier, doge en 1354, exécuté en 1355 pour complot contre la constitution. La République a consigné l'effacement plutôt que de le dissimuler. C'est l'objet le plus révélateur de tout le palais, et la plupart des visiteurs passent devant sans le remarquer.
Le Pont des Soupirs
Vous le traversez, dans les deux sens. Modérez vos attentes : c'est un couloir étroit et fermé avec deux petites fenêtres à claire-voie de pierre, et la vue sur Venise qu'elles offrent n'est qu'un mince filet. Le pont est une chose à regarder de l'extérieur, depuis le Ponte della Paglia — mais le traverser est le point de bascule du parcours, du gouvernement à l'emprisonnement en une quinzaine de pas.
Les Nouvelles Prisons
Couloirs et cellules en pierre de l'autre côté du canal, avec par endroits des graffitis de prisonniers encore visibles sur les murs. Frais, sombre, et un contraste très délibéré avec tout ce que vous venez de traverser. C'est là tout le sens du parcours à sens unique.
Ce que vous ne verrez pas avec le billet standard
Les cellules des Piombi sous le toit de plomb, d'où Casanova s'est évadé en 1756 ; les Pozzi au niveau de l'eau ; la chambre de torture ; et les bureaux administratifs. Tout cela relève de la visite guidée séparée des Itinéraires secrets, qui est un billet différent et affiche complet à l'avance.
En sortant
Le billet couvre aussi le Correr, le Musée archéologique et la bibliothèque Marciana à l'autre bout de la place. S'il vous reste de l'appétit, la salle principale de la Marciana est à vingt minutes à pied — vingt minutes très calmes.